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Billet du 14 juillet pour le blog d’une cave à champagne:

Le champagne est-il républicain?

En voilà une question! Il est de notoriété publique que le champagne coulait à flots à Versailles, que Marie-Antoinette en raffolait au point de se faire mouler une coupe à la forme de son sein gauche – ce qui reste à prouver! – et, qu’ils furent nombreux à s’en étourdir avant de perdre la tête, par conséquent la vie, dans la tourmente révolutionnaire. Quoiqu’il en soit, pendant la révolution, le premier anniversaire de la prise de la Bastille célébré le 14 juillet 1790 au Champ de Mars, le fut au champagne, jugé seul digne de l’événement. Mais en ce jour de juillet 1790, Marie-Antoinette avait encore sa tête, si tant est qu’il y ait ici quelque rapport. Une fois qu’elle l’eut perdue, la consommation de champagne ne faiblit – il est vrai – pas pour autant. Le choeur du divertissement lyrique du Triomphe de la République ou Camp de Grandpré, écrit par Marie-Joseph Chénier en 1793 année de la décollation de la reine, n’entonnait-t-il pas : «Nous apportons du vin (comprendre du champagne)… ci-devant champenois. Les Vandales voulaient en boire, Nous le boirons ensemble à votre gloire, à la santé du peuple, à la chute des rois». Quelques décennies plus tard, la maison Jacquesson fondée en 1798, faisait sa propre révolution en baissant le prix de la bouteille de champagne de 3,50 à 2,25 francs.

En 1850, le prince Louis-Napoléon Bonaparte, élu président de la République, qui songeait à établir un régime consulaire et cherchait à s’attacher les faveurs de l’armée, en fît distribuer aux pioupious. De ce Jacquesson si bon marché, à n’en pas douter! La presse satirique de l’époque titrait: «Revues au champagne». Les petits gars qui y trempèrent timidement les lèvres en rapportèrent le souvenir effervescent chez eux.

En 1869, dans son Dictionnaire des idées reçues, Flaubert lui consacrait une de ses premières entrées: «Champagne – caractérise le dîner de cérémonie. – Faire semblant de le détester en disant que «ce n’est pas un vin». Provoque l’enthousiasme chez les petites gens. – La Russie en consomme plus que la France. C’est par lui que les idées françaises se sont répandues en Europe. – Sous la Régence, on ne fait pas autre chose que d’en boire. -(Mais on ne le boit pas, on le «sable(1)». Autant de signes de sa «démocratisation»? Pire, le champagne devient fierté et symbole national. A travers son prisme, la France –pas chauvine pour un sou– pouvait reprendre en coeur à la suite de Voltaire : «De ce vin frais l’écume pétillante De nos Français est l’image brillante».

Aujourd’hui, à la lumière de ces faits, on pourra légitimement le croire républicain. Mais voilà, c’est sans compte les aléas du moment. On nous dit que les caisses de la République sont mal en point, qu’il faut faire des économies. L’Elysée a renoncé depuis quelques année déjà à sa traditionnelle garden party et les ambassades de France à travers le monde rognent sur les boissons. De Stockholm à Jakarta, en passant par Yaoundé, Saint-Domingue et la Havane, nos expatriés doivent se contenter de Crémant d’Alsace – quand ce n’est pas de bière! Seule Washington, Londres, Moscou et peut-être Pékin ont-elles encore le privilège d’être sponsorisées par quelques maisons champenoises. Mais, chers Français qui vivez sous ces contrées, réfrénez votre enthousiasme, à partir de 20 heures c’est cash bar pour tout le monde.

À Paris, pas question de se priver de champagne pour le 14 juillet! Une fête nationale sans champagne serait un peu comme Montaigne sans La Boétie. Santé !

(1) Aux XVIIIe et XIXe siècles, le verbe sabler s’appliquait à tous les vins et signifiait «faire cul sec».
(Blog caviste Paris 7e)

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